Cafés Citoyens – Santé et Travail avec Marie Pezé

Hier soir, mardi 19 septembre 2017, je me suis rendue à un des « Cafés Citoyens – Santé et Travail » au Balbuzard près de la Place de République.

J’y suis allée à pied… j’anticipais l’importance de ce moment, le besoin de mettre un pied devant l’autre pour avancer.

Après une demi-heure de marche, je suis accueillie par Juliette qui m’invite à commander une boisson au comptoir. Je grimpe ensuite le petit escalier qui me mène dans la salle prévue pour la conférence.

L’espace est exigu mais accueillant. Un video projecteur est installé : je souhaite de tout coeur ne pas avoir à regarder un powerpoint pendant deux heures.

Le thème de ce soir est  « burn-out partout, burn-out nulle part »  animé par Marie Pezé.

Des exemplaires de son dernier livre « Le burn-out pour les nuls » trônent sur quelques tables. Je me sens un peu sur la défensive. Je crains une énième promotion favorisant la sortie du dernier livre d’une sommité autour d’une conférence ne donnant que quelques avant-goûts, poussant à l’achat.

La salle continue de se remplir, on se retrouve coude à coude.

L’un des organisateurs prend alors la parole pour présenter Marie Pezé. Docteur en Psychologie, Psychanalyste, expert à a Cour d’Appel de Versailles, Marie Pezé a créé en 1997 la première consultation « Souffrance et Travail » au Centre d’Accueil et de Soins Hospitaliers de Nanterre. Elle est la présidente de l’association « Diffusion des Connaissances sur le Travail Humain » qui est à l’origine du site souffrance-et-travail.com, qu’elle lance ce soir.

Marie Pezé prend alors la parole et ma crainte disparait immédiatement. Elle rend hommage à la présence de nombreux collègues du réseau venus assister à la conférence. Puis elle entre dans le vif du sujet et dresse, sans concession, un portrait des conditions de travail dont l’exercice du métier lui-même n’est plus au coeur du système. 

Le travail, désincarné, est devenu ce qu’elle appelle une « grammaire chiffrée ». Son but est d’exercer, à l’aide d’outils numériques, un hyper contrôle instantané de la quantité et de la rapidité des tâches exécutées.  Le but de cette grammaire financière n’a plus pour objectif la fierté de la production d’un objet de qualité ou d’un service prodigué.

Le corps n’a plus sa place dans le travail. L’infirmière ne prodigue plus des soins, elle produit un certain nombre d’actes dans un temps donné.

Le salarié qui réussit aujourd’hui n’est pas le plus intelligent ou le plus fort, mais le plus rapide. Le burn-out, qu’elle préfère appeler « syndrome d’épuisement professionnel » atteint tous les salariés, devenus esclaves de la quantité. Elle décrit également les effets dévastateurs du flex-office, où le salarié n’a pas de bureau attribué. Ce concept de précarité subjective contribue à la déstabilisation spatio-temporelle du salarié. Ces nouveaux modes de management visant à discipliner les corps donnent une nouvelle définition de la notion de courage en entreprise. Un salarié courageux est un salarié qui a la capacité à faire du mal aux autres.

Je me sens emportée par son discours et ma fascination pour les exemples qu’elle donne et les conséquences neuro-psychologiques  sur les individus me met mal à l’aise.
Elle nous raconte comment, un soir à 22h30 elle reçoit un appel d’un membre du CHSCT du CHU de Toulouse lui annonçant le 5ème suicide d’une infirmière. Ces infirmières non formées en pédiatrie, ont été transférées dans un service de néo-natalité et craignent, pour certaines d’entre-elles d’avoir commis une erreur de dosage fatale. Son émotion est perceptible et je suis moi-même émue.
Ce mode de travail dégradé renvoie à une mauvaise image de soi dont les conséquences peuvent aller jusqu’au suicide.

Marie Pezé invite alors à la vigilance et nous alerte sur les 3 premiers signes du burn-out :

  1. La fatigue que le repos ne réussit plus à résorber,
  2. La consommation de produits licites ou illicites conduisant à l’addiction,
  3. La perte de plaisir d’aller travailler.

Face aux conditions de travail actuelles et aux évolutions de la législation, Marie Pezé nous interpelle alors pour nous demander de devenir des Sentinelles de Terrain. Elle nous invite à oeuvrer dans la prévention primaire afin que le salarié soit averti et puisse aller voir les bons interlocuteurs au bon moment.

Le site www.souffrance-et-travail.com met à disposition gratuitement tous les outils pour s’informer, se former et agir. On y trouve notamment :

Elle passe ensuite la parole à Chantal Echavidre, qui a rédigé un guide de formation pour les primo-écoutants : accès au Guide primo-écoutants. Ce qui arrive aux autres, peut nous arriver. La solidarité est ce qui nous reste pour lutter sur nos conditions de travail. Chantal Echavidre nous expose quelques éléments de posture pour écouter nos collègues en souffrance. La formation sur ce sujet, est pour elle, essentielle.

Une session d’échanges est alors proposée avec les participants. Un ancien médecin qui a fait un burn-out témoigne. Une DRH d’un centre d’appel d’urgence, une étudiante, une avocate… Tous, démunis face à l’ampleur de la situation témoignent de leurs difficultés.

Afin de lutter contre ce qu’elle appelle la construction de l’ignorance, Marie Pezé continue à oeuvrer pour faire bouger les lignes. Elle nous assure que des outils existent pour lutter et rendre visible le travail invisible.

Elle détricote tous les arguments qui constituent aujourd’hui la critique cynique de la conscience professionnelle, devenue une pathologie.

Marie Pezé nous invite à la solidarité et à nous cultiver sur le sujet pour lutter contre la construction de l’ignorance, parce que plus personne ne peut dire aujourd’hui qu’il ne sait pas.

Je m’éclipse alors rapidement. Je me sens animée par l’envie de partager cette soirée.

Permalien: https://sandrinepoilbois.fr/2017/09/sante-travail-marie-peze/

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